Giles Whitaker Giles Whitaker

La retraite comme nouveau commencement : mon travail avec le projet Mémoire Survivante dans l’après-guerre au Salvador

Bernie Hammond, Ph. D.
Professeur émérite,
sociologie / études de justice sociale et de la paix,
King’s College, Université Western

Le sens de la retraite

Après une carrière universitaire de 40 ans et à l’âge de 73 ans, j’ai commencé à envisager la retraite. Beaucoup de mes amitiés  et collègues, dans le milieu académique comme ailleurs, étaient déjà partis à la retraite et, sans exception, recommandaient vivement cette expérience. Mais que ferais-je alors ? De manière unanime, mes proches me rassuraient en me disant d’avoir tellement d’occupations à la retraite que c’était difficile de comprendre comment elles et  ils avaient pu trouver le temps de travailler auparavant. Ainsi, en 2015, j’ai franchi le pas. Aujourd’hui, près de 11 ans plus tard, je suis la preuve vivante de la véracité des conseils que j’avais reçus de tant de personnes chères.

Quelques mots sur mon travail académique

À titre d’explication, et avant de décrire ce qui m’occupe actuellement, il convient de dire quelques mots sur la nature de mon travail universitaire. Je suis sociologue et j’ai eu la chance de travailler dans une institution qui valorisait et soutenait le fait que ma passion académique consistait à écrire et à enseigner sur les questions de justice sociale, tout en transmettant cet enthousiasme à mes étudiant·es.

Je crois fermement au concept et à la pratique de l’apprentissage expérientiel. À cette fin, j’ai intégré dans mon enseignement des occasions permettant à mes étudiant·es de voyager dans des pays du Sud global et d’apprendre de première main les injustices structurelles auxquelles les populations sont confrontées, la manière dont elles y font face et, dans de nombreux cas, comment ces réalités sont liées à nos propres contextes politiques.

Bien que j’aie organisé des voyages pour mes étudiant·es dans de nombreuses régions du monde, j’ai personnellement supervisé celles et ceux qui ont choisi de se rendre dans les Caraïbes et en Amérique centrale, notamment en République dominicaine, à Cuba, au Guatemala et au Salvador. Durant les premières années de ma retraite, j’ai enseigné l’anglais à des jeunes issus de milieux socioéconomiques défavorisés dans une petite école de langues au Guatemala. J’ai également voyagé fréquemment en République dominicaine pour étudier l’impact néfaste d’une entreprise minière canadienne sur les communautés locales. En outre, j’ai continué à présenter des communications sur divers thèmes liés à la justice sociale au Canada lors d’une conférence annuelle à l’Université de Holguín, à Cuba.

Puis, en 2017, on m’a offert l’opportunité de participer à un projet extraordinaire, brillamment conçu, qui étudie et soutient les expériences des personnes survivantes de la guerre civile qui a dévasté le Salvador entre 1980 et 1992.

La guerre civile au Salvador (1980–1992)

Ce conflit de douze ans trouve son origine dans une pauvreté extrême provoquée par une distribution inégale des terres, maintenue brutalement par un gouvernement autoritaire. Ce gouvernement bénéficiait d’un fort soutien des forces armées salvadoriennes ainsi que de celui des États-Unis, dans le contexte de la peur du communisme caractéristique de la guerre froide. Ces conditions ont conduit à la formation du Front Farabundo Martí pour la libération nationale (FMLN), une coalition de groupes de gauche déterminés à transformer la réalité sociale salvadorienne.

L’armée a répondu par une répression féroce, incluant la formation d’escadrons de la mort et l’utilisation de tactiques de terre brûlée développées par l’armée américaine au Vietnam. L’une des conséquences a été le déplacement massif de populations, qui ont souvent cherché refuge dans les montagnes. L’ONU a estimé qu’environ 75 000 personnes ont été tuées pendant la guerre. Cette organisation  a reçu 22 000 signalements de violences et a attribué 85 % des violations des droits humains commises pendant le conflit aux forces armées salvadoriennes.

Les accords de paix ont été signés en 1992 ; cependant, d’innombrables familles ont été endeuillées par des enfants, des femmes et des hommes qui non seulement n’ont pas survécu à la guerre, mais sont morts de manière atroce après des tortures indescriptibles. Ces morts ont marqué la mémoire d’une génération de Salvadoriennes et Salvadoriens qui, encore aujourd’hui, cherchent à faire face à leurs pertes et à préserver leur histoire à travers des associations locales dédiées à ce travail. Ces associations communautaires sont des partenaires clés du Mémoire Survivante dans l’après-guerre au Salvador

Le projet

Le projet a été lancé en 2017 par un groupe de personnes survivantes de la guerre civile, d’architectes, de leaders de mouvements sociaux et ma collègue, la Dre Amanda Grzyb, professeure de la Faculté des études de l’information et des médias de l’Université Western.

Jusqu’à présent, le projet s’est concentré sur des communautés des départements de Chalatenango (au nord) et de Cuscatlán, dont les montagnes ont servi de refuge pendant la guerre. Malheureusement, ces mêmes montagnes sont aussi devenues le théâtre de certains des massacres les plus atroces de civils, souvent justifiés par des soupçons d’aide ou de sympathie envers des groupes de gauche.

Le projet a commencé modestement, avec la présentation d’une exposition de photographies prises par des membres d’Oxfam Canada et d’autres sympathisant·es pendant le conflit. Cela a permis aux familles survivantes de voir pour la première fois des images de l’expérience de leurs proches durant la guerre, dont beaucoup n’ont pas survécu. Ma tâche consistait à aider à monter ces expositions dans plusieurs communautés et à accompagner les survivantes et survivants locaux dans l’identification de leurs proches et amitiés, leur offrant ainsi une nouvelle compréhension de leur expérience de la guerre.

Ce faisant, j’ai été et je suis toujours, profondément impressionné par le potentiel de guérison de la mémoire face à des tragédies et des souffrances souvent enfouies, consciemment ou non, dans les profondeurs de la psyché. Des services psychologiques ont été proposés par des professionnel·les de santé locaux ainsi que par des spécialistes de l’Université Western pour accompagner celles et ceux qui le souhaitaient au fur et à mesure de l’émergence de ces souvenirs. La dimension profondément réparatrice de la mémoire des personnes survivantes, mise en évidence par les réactions à l’exposition photographique, m’a rendu encore plus admiratif et engagé dans ce projet dans son ensemble.

Progressivement, grâce au financement généreux du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, d’autres organismes de financement, ainsi que de nombreuses organisations communautaires et religieuses, la portée du projet s’est élargie. Il implique désormais des dizaines de chercheur·es et de professionnel·les de nombreux pays, collaborant à la localisation et à l’enregistrement de la musique de la révolution, à la création de musées dédiés à la préservation des mémoires de guerre, à l’aménagement d’un parc commémoratif sur le site de l’un des principaux massacres, et même à un projet de broderie où les souvenirs de la guerre sont brodés sur des vêtements, coussins et tapisseries.

Nous sommes passés de l’accompagnement de personnes survivantes pour documenter des sites de massacres par GPS à l’utilisation de drones, de relevés LIDAR de villages détruits et de radars de pénétration du sol pour localiser des fosses communes non marquées. Dans ce dernier cas, l’équipe a appris directement de la Secrétariat des personnes survivantes des Six Nations, une organisation autochtone qui travaille à établir la vérité sur l’ancien pensionnat de l’institut Mohawk.

Ma rétribution

Sur le plan personnel, ce projet m’a conduit à marcher dans des forêts et à gravir des montagnes tout en me défendant contre les moustiques et les tiques, à organiser des entretiens avec des personnes survivantes, à relire des traductions de l’espagnol vers l’anglais, à participer à des réunions d’associations de survivantes et  survivants et à parcourir de nombreux kilomètres sur des terrains difficiles pour assister à des commémorations annuelles de massacres.

J’ai souvent plaisanté en disant que, pour moi, la retraite signifiait simplement continuer à travailler, mais sans salaire. Je dois toutefois reconnaître que toute modeste contribution de ma part a été largement éclipsée par l’immense plaisir de voir les résultats de ce projet, ainsi que par la satisfaction et la joie pure de travailler avec une équipe brillante et chaleureuse.

Ma collègue, la Dre Amanda Grzyb, a une manière particulière d’attirer autour d’elle des personnes non seulement extrêmement talentueuses, mais aussi parmi les plus chaleureuses et fascinantes avec lesquelles j’ai eu le privilège de travailler. Ses propres contributions sont évidentes, notamment dans la conception du projet et sa collaboration avec d’autres pour le mener au niveau de réussite qu’il a atteint. Ses nombreuses contributions à la vie académique et à la communauté se reflètent sans aucun doute dans sa récente et très méritée nomination à l’Ordre de l’Ontario.

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Co-création des soutiens en santé mentale pour les jeunes à Arcatao

Depuis 2023, le collectif Global Minds collabore à Chalatenango, au Salvador, avec des leaders communautaires jeunes adultes afin d’identifier les priorités en matière de santé mentale et de mettre en œuvre la programmation du Mindful Social Innovation Lab [laboratoire d’innovation sociale en pleine conscience, MSI] de l’organisation au sein des communautés locales. Sur une période de deux ans, Global Minds, grâce à la collaboration de la chercheuse Alejandra Aguilar et du chercheur Juan Carlos Jimenez, a mené des entretiens avec des personnes souces clés, des groupes de discussion et des ateliers de co-conception avec des leaders jeunes adultes dans les communautés et départments d’Arcatao, Nueva Trinidad, San José Las Flores, Guarjila, Guancora, Las Minas et Las Vueltas.

À travers ce travail collaboratif, les leaders communautaires ont identifié d’importants facteurs de stress dans la vie des jeunes à Chalatenango, ainsi que l’absence de services de soutien en santé mentale pour la population en général. Malgré ces limites, les leaders ont également mis en évidence un atout clé dans la région : les organisations communautaires et les programmes destinés aux jeunes adultes constituent des espaces essentiels où les jeunes peuvent trouver un sentiment d’appartenance, et ont servi de vecteurs importants pour favoriser le bien-être collectif en période de stress et de crise.

Photo 1. Participant·e·s et animateur·rice·s lors d’une séance du Mindful Social Innovation Lab à Arcatao.

Travailler avec Medios de Vida

En novembre 2025, notre équipe a commencé à travailler à Arcatao avec un programme local appelé Medios de Vida Sostenibles para la Juventud [Initiative pour des moyens de subsistance durables pour la jeunesse], afin de coanimer le laboratoire d’innovation sociale en pleine conscience, (MSI). Le programme local  Medios de Vida Sostenibles para la Juventud à Arcatao qui soutient les jeunes dans la création d’opportunités de subsistance en offrant un financement de démarrage pour l’incubation de petites entreprises, des formations entrepreneuriales et un accompagnement émotionnel au moment où les jeunes lancent leurs activités.

Medios de Vida est né d’initiatives communautaires locales et d’une collaboration entre l’Église catholique locale et sa paroisse jumelée à Seattle, dans l’État de Washington. Le programme soutient les jeunes dans leurs trajectoires de vie et offre une option crédible pour rester dans la communauté sans devoir migrer de manière irrégulière vers les États-Unis ni quitter le territoire pour subvenir à leurs besoins. Notre objectif, en travaillant avec Medios de Vida à Arcatao, est de mettre en œuvre un prototype du laboratoire MSI qui pourra être reproduit avec d’autres organisations communautaires de Chalatenango.

Que se passe-t-il dans le MSI Lab ?

Nos séances réunissent des personnes participantes du programme Medios de Vida ainsi que d’autres jeunes adultes qui s’impliquent dans des organisations communautaires locales, afin d’apprendre et de pratiquer la pleine conscience, et de trouver des moyens de l’intégrer dans la vie quotidienne, l’engagement communautaire et l’activisme.

Les personnes participantes se rassemblent pour pratiquer des exercices de respiration, la gratitude, l’équanimité, l’écoute consciente de leur environnement et de leur corps, ainsi que la méditation paisible. En même temps, le groupe se montre enthousiaste pour collaborer, en partageant de beaux récits de leur engagement communautaire et de leurs pratiques quotidiennes de pleine conscience et de méditation douce.

Les jeunes ont également partagé des souvenirs importants de difficultés passées et, en groupe, nous avons pu créer un espace pour accueillir et traverser ces émotions. Ces séances constituent un espace de soutien émotionnel entre participant·e·s, ainsi qu’un moyen de partager joie, résilience et construction communautaire significative. Ces rencontres sont aussi accompagnées de collations, de café, d’un repas chaud, et se déroulent souvent dans des lieux proches de la nature.

Photos 2 et 3. De jeunes participant·es prennent part à des activités de pleine conscience et de réflexion collective lors d’une séance du laboratoire MSI.

Co-concevoir des interventions communautaires en santé mentale

Le laboratoire MSI, en plus de la pleine conscience et de la méditation, offre également un espace pour imaginer et planifier des innovations sociales répondant aux besoins en santé mentale identifiés par les leaders communautaires et les personnes participantes à travers ce programme et les travaux de terrain antérieurs.

Lors des séances, après des pratiques collectives de pleine conscience et de méditation, les personnes qui participent et qui animent commencent à co-imaginer des projets communautaires susceptibles de soutenir la santé mentale et le bien-être dans la communauté.

Pour cette raison, diverses stratégies de co-conception sont utilisées, notamment la cartographie communautaire, des activités de remue-méninges, des scénarios illustrés (storyboarding), ainsi que des approches sensibles aux traumatismes et des modèles de programmation ancrés dans la communauté. Étant donné que de nombreuses personnes participantes sont des leaders à fort engagement à la fois dans Medios de Vida et dans d’autres espaces communautaires — notamment des associations de femmes et de jeunes adultes —une multitude d’interventions possibles ont été proposées  en santé mentale, ancrées dans les réalités et les besoins du territoire.

Perspectives

Le laboratoire MSI arrive à mi-parcours à Arcatao. Les participant·es ont élaboré des idées d’intervention remarquables, dont plusieurs mettent en évidence le besoin d’espaces communautaires récréatifs pour les jeunes à Arcatao, en particulier un centre communautaire avec salle de sport, bibliothèque et programmes récréatifs destinés aux jeunes et aux autres membres de la communauté.

La poursuite de la facilitation d’un espace de pleine conscience, de guérison, de paix est envisagée, ainsi que la valorisation des idées et des approches des membres communautaires locaux à Arcatao. Il est également prévu d’intégrer davantage d’activités récréatives communautaires dans la pédagogie du laboratoire MSI, en  collaboration avec Medios de Vida Sostenibles para la Juventud.

Photos 4 et 5. L’apprentissage communautaire, la réflexion et les liens demeurent au cœur du processus du laboratoire MSI à Arcatao.

L’initiative de recherche Mémoire survivante dans l’après-guerre au Salvador est partiellement financée par le financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, l’Université Western, le collectif Global MINDS, la Fondation canadienne pour l’innovation et le Fonds pour la recherche en Ontario.

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La nourriture à Chalatenango : histoires de plantes et recettes locales

Et si nous racontions des histoires de la guerre civile au Salvador à travers les plantes et les ingrédients typiques de sa cuisine ? Quels types d’histoires pourraient être écrites ?
Une équipe multidisciplinaire, composée de membres du milieu académique et de leaders communautaires, explore ces idées dans le cadre d’un projet communautaire à Chalatenango.

Mémoire et recettes locales

Depuis 2025, l’équipe de recherche de Mémoire Survivante dans l’après-guerre au Salvador explore le rôle des plantes et des ingrédients utilisés dans l’élaboration de recettes locales dans la manifestation et l’actualisation de la mémoire personnelle et collective à Chalatenango.

La littérature sur la mémoire reconnaît largement que l’odorat associe les odeurs aux souvenirs, et que la mémoire olfactive est plus durable et intense que la mémoire visuelle ou auditive.

Les histoires recueillies reflètent le quotidien des personnes avant, pendant et après la guerre civile. Elles incluent également des récits de personnes qui s’entrelacent avec l’histoire des plantes cultivées ou sauvages, ainsi que des histoires traversées par la souffrance mais aussi par la résilience partagée entre les humains et la nature.

Le projet se conclura en 2027 par le partage des résultats avec les communautés via la publication d’un livre communautaire, visant à offrir une perspective différente sur la guerre civile au Salvador.

Équipe re rédaction

L’équipe de recherche est composée d’Alain Carretero (ethnobotaniste, Université d’Aarhus); Adriana Alas Lopez (anthropologue, Université Western); Carlos Alberto Elías Ortiz (botaniste, Université du Salvador); Rosa Lilian López (travailleuse sociale, Asociación de Comunidades para el Desarrollo de Chalatenango, CCR) et Meilyn Leiva (nutritionniste, professionnelle indépendante).

L’initiative de recherche Mémoire Survivante dans l’après-guerre au Salvador bénéficie d’un financement partiel du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, l’Université Western,  l’Université d’Aarhus, la Fondation canadienne pour l’innovation et le Fonds pour la recherche en Ontario.

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« Broder les absences, libérer les tristesses, tisser l’espoir », un article de María José Méndez

Durant les années les plus sombres de la guerre civile salvadorienne, lorsque les caméras et les carnets étaient interdits dans les camps de personnes réfugiées, les femmes salvadoriennes se sont tournées vers l’un des rares outils qui leur restait : la broderie. Ce qui avait auparavant été un travail domestique, limité à illustrer des couvertures avec des éléments de l’environnement rural, comme des fleurs ou des oiseaux, s’est transformé en une forme puissante de documenter la terreur que le monde refusait de voir.

De nombreuses femmes déplacées vers le camp de Mesa Grande, au Honduras, ont commencé à broder des scènes de maisons incendiées, de massacres et de fuites désespérées. Ces broderies étaient ensuite envoyées à l’étranger pour dénoncer les violations des droits humains. Les couvertures voyageaient en secret, dissimulées sous les vêtements ou parmi des ballots de linge, et servaient parfois de preuves lors d’audiences d’asile en l’absence de photographies.

L’article de María José Méndez, publié dans la revue Trasmallo du Museo de la Palabra y la Imagen (MUPI), s’appuie sur les récits oraux de femmes salvadoriennes réfugiées à Mesa Grande afin de reconstruire l’origine et le parcours de ces broderies. Il montre comment le travail de mémoire réalisé par les femmes a rempli de multiples fonctions : dénonciation politique, enregistrement historique et forme de thérapie communautaire. Lors des ateliers collectifs de broderie, femmes, filles et garçons transformaient des souvenirs douloureux en images, libérant la souffrance et tissant un sentiment d’appartenance et d’espoir au cœur du traumatisme.

Des décennies plus tard, cette pratique se poursuit au El Salvador à travers des groupes comme « Mujeres Vueltenses Bordando Historias », où mères, filles et grands-mères brodent ensemble des scènes de la guerre. En mettant en lumière la mémoire des femmes et en reconnaissant les couvertures brodées comme des documents historiques qui donnent une place centrale à la vie quotidienne, l’article élargit notre compréhension de l’histoire de la guerre et de celles et ceux qui peuvent l’écrire.

L’initiative de recherche Memoria Histórica Sobreviviente en El Salvador de la Posguerra  est partiellement financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, l’Université Western, l’Université de Toronto, le Museo de la Palabra y la Imagen, la Fondation canadienne pour l’innovation et le Fonds pour la recherche en Ontario.

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Mémorial du Massacre du Río Sumpul : Sentiers et Voix – lancement du livre et exposition

Le 19 mars, le livre « Río Sumpul Massacre : Trails and Voices » [Mémoriel de la Massacre de la rivière  Sumpul: sentiers et voix]» sera présenté à l’occasion de l’ouverture d’une exposition à la House of Compassion, située dans l’église Saint-Jean-Baptiste au Béguinage à Bruxelles, en Belgique.

L’exposition invite les personnes qui visitent  à découvrir le processus de création du monument de Las Aradas, ainsi que les récits, voix et relations qui le soustendent. Il s’agit d’un moment ouvert à toutes et tous pour partager, écouter et dialoguer. Plusieurs documents exposés ont voyagé depuis le Salvador, où ils ont été présentés l’an dernier à San Salvador, Suchitoto et San José Las Flores.

Le livre présenté lors de l’ouverture met en lumière la mémoire et la résilience des communautés touchées. Il rassemble les voix de personnes survivantes, de membres des communautés, d’architectes, d’artistes et de spécialistes en recherche issus de diverses universités.

À travers ces perspectives croisées, le livre met en valeur une collaboration entre l’Asociación Sumpul, la Faculté d’architecture de la KU Leuven, l’Escuela de Arte de la Universidad de El Salvador, l’Université Western, le Colectivo Matiz et le bureau d’architecture AgwA.

L’initiative de recherche Mémoire survivante dans l'après-guerre au Salvador est partiellement financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, l’Université Western, l’université KU Leuven, la Fondation canadienne pour l'innovation et le Fonds pour la recherche en Ontario

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Mémoire environnementale et justice dans le Salvador post-conflit

Au cours de la dernière année, Giada Ferrucci — boursière postdoctorale à l’Université Western dans le cadre du projet Mémoire Survivante dans l’après-guerre au Salvador — a travaillé avec des membres de la communauté afin d’explorer la manière dont les paysages portent les mémoires de la guerre et des transformations environnementales dans les départements de Cuscatlán, Chalatenango, San Vicente, Morazán et Cabañas. Ce travail a été mené en collaboration avec Agustín García de l’organisation Future Watch.

À travers des ateliers, des entretiens et des activités de cartographie participative portant sur les conséquences écologiques à long terme de la guerre civile — notamment la perte de forêts, la pollution des rivières et la dégradation des terres — des personnes survivantes de la guerre civile et des leaders communautaires réfléchissent à la manière dont les changements climatiques aggravent les dommages environnementaux amorcés durant le conflit.

Des ateliers supplémentaires sur la mémoire environnementale ont été organisés sous forme d’activités de broderie avec des membres de la communauté à Las Vueltas, Chalatenango, ainsi qu’au Museo Tierra Prometida [Musée de la Terre promise] à Morazán, créant des espaces où les personnes participantes peuvent réfléchir collectivement aux paysages, à la mémoire et aux transformations environnementales à travers des pratiques créatives.

Ces activités complètent la conception d’un Atlas des mémoires environnementales, une ressource communautaire bilingue qui documente les savoirs écologiques, la mémoire historique et les luttes pour la justice environnementale au Salvador.

L’initiative de recherche Mémoire survivante dans l'après-guerre au Salvador est partiellement financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada,  l’Université Western,  la Fondation canadienne pour l'innovation et du Fonds pour la recherche en Ontario.

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Lancement du livre : Río Sumpul Massacre Memorial: Trails and Voices

Le lancement de Río Sumpul Massacre Memorial: Trails and Voices [Río Sumpul : parcours et voix], qui s’inscrit dans l’initiative Mémoire survivante dans l'après-guerre au Salvador, aura lieu le 19 mars 2026 à 18 h 30 à l’église Saint-Jean-Baptiste-au-Béguinage (Église du Béguinage / Begijnhofkerk), à Bruxelles.

Issu d’une collaboration multidisciplinaire et internationale amorcée en 2017, l’ouvrage documente la création du mémorial du massacre du Río Sumpul à Las Aradas, Chalatenango, au Salvador. Il met au centre les voix des personas survivantes qui ont porté cette mémoire à travers les décennies et retrace le développement du mémorial, des premières esquisses jusqu’à son aboutissement. Le livre rassemble des témoignages, des éléments de contexte historique et des réflexions sur le design participatif.

Le mémorial commémore le massacre du 14 mai 1980, au cours duquel environ 600 victimes civiles ont été tuées près du Río Sumpul, à la frontière avec le Honduras, lors de l’une des premières atrocités marquantes de la guerre civile salvadorienne.

Issu de l’organisation de l’Association Sumpul et des communautés locales, le projet a également mobilisé un réseau élargi de chercheurs et chercheuses, artistes, architectes et partenaires institutionnels, dont les universités KU Leuven et Western.

L’événement comprendra une table ronde avec Gretel Mejía (avocate guatémaltèque et chercheuse postdoctorale au Human Rights Centre de l’UGent), Amanda Grzyb (professeure à l’Université Western, Canada), Evelia Macal (urbaniste, architecte et céramiste, El Salvador/Belgique) et Thomas Montulet (ingénieur-architecte chez AgwA et doctorant à l’UCLouvain, Bruxelles), animée par Hülya Ertas, commissaire d’exposition et critique en architecture au VAi.

L’initiative de recherche Mémoire survivante dans l'après-guerre au Salvador est partiellement financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada,  l’Université Western,  la Fondation canadienne pour l'innovation et du Fonds pour la recherche en Ontario.

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Deborah Canales rejoint Mémoire Survivante pour un stage de six mois consacré aux femmes salvadoriennes

L’étudiante à la maîtrise en travail social Deborah Canales (Université York) a commencé un stage de six mois avec Mémoire Survivante  en janvier 2026. Son travail portera sur la violence infligée aux femmes salvadoriennes pendant la guerre civile (1980–1992), un sujet lié à l’histoire de sa famille, qui a fui le Salvador pendant La Ofensiva [L’offensive], lorsque les forces de la guérilla sont entrées dans la capitale, San Salvador, en 1989.

Dans le cadre pratique de son programme, Canales participera à des entrevues visant à documenter les parcours de femmes salvadoriennes qui ont émigré au Canada : la violence qu’elles ont vécue, la manière dont le déplacement a marqué leurs vies et la façon dont elles ont redéfini leurs trajectoires. Canales analysera également des archives et des documents connexes recueillis par Mémoire Survivante et l’Université York. Elle l’exprime ainsi : « Je m’intéresse beaucoup à la violence que ces femmes ont subie à cause de la guerre civile et des gouvernements salvadoriens pendant des décennies, et à la manière dont cela se rattache au processus de colonisation et aux politiques néolibérales »..

Canales s’est liée pour la première fois à Mémoire Survivante pendant ses études de premier cycle en sociologie au collège universitaire King’s [associé à l’Université Western Ontario] lorsqu’elle a suivi le cours de terrain au Salvador dirigé par Amanda Grzyb, cofondatrice du projet, en février 2025. Depuis lors, Canales suit de près le travail du projet. En réfléchissant à cette nouvelle étape, elle a affirmé : « Ce stage est une excellente manière de relier mes études à l’histoire qui a marqué ma vie et celle de tant de personnes salvadoriennes de la diaspora».

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Cartographier les massacres dans le Salvador d’après-guerre : l’équipe Mémoire Survivante présente à l’Université de Toronto

Le 5 mars 2026, quatre membres de l’équipe de cartographie du projet Mémoire Survivante dans l’après-guerre au Salvador  ont présenté leur initiative collaborative de cartographie des massacres dans le cadre de la série de conférences du Centre for Diaspora and Transnational Studies (CDTS) à l’Université de Toronto. María Laura Flores Barba, Amanda Grzyb, Reynaldo Hernández et Zack MacDonald ont partagé les défis liés à la documentation, dans une carte interactive, des massacres de personnes civiles et d’autres violations des droits humains commises pendant la guerre, dans le cadre d’un projet dirigé par des personnes survivantes de la guerre civile salvadorienne à Chalatenango et Cuscatlán.

La série de conférences du CDTS accueille des présentations de chercheuses et chercheurs du monde entier sur des thématiques liées à la diaspora et/ou au transnationalisme.

Le travail de cartographie est soutenu par des équipements et des infrastructures financés par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI), le Fonds pour la recherche en Ontario recherche (FRO) et l’Université Western.

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« Voices in Ink » [ Voix en encre] : Dessiner les mémoires à Las Vueltas, Chalatenango, Salvador – Exposition, février 2026

Le 27 février 2026, l’équipe de recherche de Las Vueltas a inauguré « Voices in Ink » [Voix en encre] à la Bibliothèque MacOdrum de l’Université Carleton (Canada). L’équipe comprend une variété d’organisatrices et organisateurs communautaires : Heidi Calderón, Nelson Rodríguez, Marvin Alas et Juan Carlos ; l’artiste salvadorienne-canadienne Jessica Larios ; l’assistante de recherche nicaraguo-canadienne Sabrina Del Bello Guatemala ; ainsi que la professeure adjointe en anthropologie Beatriz Juárez-Rodríguez (Université Carleton).

L’exposition marque l’aboutissement de sept mois de travail créatif collaboratif. « Voices in Ink »  met en valeur le pouvoir de la bande dessinée communautaire comme moyen de narration et de plaidoyer, capable de créer des passerelles entre mémoire personnelle, histoire communautaire et lutte politique.

L’événement de lancement a réuni du professortat et communauté étudiante de l’Université Carleton. Lors d’un panel de conversation, la professeure Beatriz Juárez-Rodríguez, la co-présidente du Département d’anthropologie, Prof. Marie-Ève Carrier-Moisan, et l’illustratrice Jessica Larios ont échangé sur l’ethnographie collaborative, les méthodologies participatives et décoloniales, ainsi que sur le rôle de la narration visuelle dans la préservation de la mémoire et le renforcement des dialogues intergénérationnels sur la justice au Salvador.

L’événement s’est conclu par une activité de mur réflexif, invitant les personnes participantes à dessiner ou écrire leurs réponses à la question : « Quelle histoire, mémoire ou lutte de votre communauté ou de votre expérience vécue aimeriez-vous voir racontée sous forme de bande dessinée, de récit graphique ou d’œuvre illustrée ? »

L’initiative de recherche Mémoire Survivante dans l’après-guerre au Salvador bénéficie d’un financement partiel du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, de l’Université Western, de l’Université Carleton, de la Fondation canadienne pour l’innovation et du Fonds pour la recherche en Ontario.



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Chalatenango Luz y Sombra : nouveau livre présenté au Salvador

Les 16, 17 et 18 février 2026, l’initiative de recherche Mémoire Survivante a présenté son quatrième livre communautaire. Chalatenango Luz y Sombra. Fotografías de Ralph Sprenkels y Memorias de las Comunidades Repobladas [Chalatenango, lumières et ombres : photographies de Ralph Sprenkels et mémoires des communautés repeuplées] (MUPI, 2025) a été lancé à San Salvador, Guarjila et Cuscatlán, réunissant un total de 300 personnes participantes. Lors des présentations, étaient présents des membres de communautés survivantes de Chalatenango, le groupe de théâtre Memoria Viva de la communauté de Las Vueltas (Chalatenango), la jeune auteure-compositrice-interprète Sandra Alas de la communauté de Guancora (Chalatenango), ainsi que les éditrices du livre.

Chalatenango Lumières et Ombres propose un assemblage de témoignages, de photographies, de réflexions sur le passé, de dessins, de poésie et de musique. L’ouvrage s’ouvre sur des photographies issues des archives de Ralph (Rafa) Sprenkels, anthropologue-historien néerlandais ayant vécu dans les communautés de Chalatenango au début de l’après-guerre. Il a documenté des témoignages sur les violences exercées contre la population civile entre 1980 et 1992, tout en photographiant la vie communautaire durant les premières années de reconstruction. Ces images montrent les communautés, des événements collectifs tels que des commémorations, des représentations théâtrales et des messes, ainsi que les liens d’amitié que Rafa a tissés au fil de ses années à Chalatenango.

Le livre est structuré autour des récits associés à 73 photographies et de ce qu’elles transmettent du point de vue des personnes survivantes de la guerre dans les communautés de Chalatenango. Il comprend des témoignages sur les événements des années 1980 et de l’immédiat après-guerre en 1992, ainsi que des réflexions contemporaines et une discussion intergénérationnelle sur la mémoire, ce qu’elle signifie et ce que les personnes espèrent accomplir en apprenant à connaître et à comprendre les souvenirs des années de guerre. Cette réflexion ne se limite pas à des essais ou à des témoignages : elle prend également forme à travers des dessins, des chansons ou des poèmes.

L’ouvrage a été édité par Adriana Alas (Western University), Michelle Melara (Surviving Memory/Casa Museo Jon Cortina) et Irina Silber (CUNY). Il s’agit d’une œuvre coécrite de manière communautaire, à laquelle ont participé plus de 50 personnes issues des communautés repeuplées de San José Las Flores, Arcatao, Nueva Trinidad, Las Limas, San Antonio Los Ranchos, Guancora/Ignacio Ellacuría, Guarjila, Las Minas et Las Vueltas.

Le projet éditorial a également bénéficié du soutien et de la co-participation de personnes représentantes d’organisations historiques telles que l’Association des personnes survivantes du massacre du Sumpul et d’autres massacres de Chalatenango, le Museo de la Palabra y la Imagen [MUPI], l’archive FotoRafa, l’Association des communautés pour le développement de Chalatenango [CCR], le Centro Arte para la Paz [CAP], la Casa Museo Jon Cortina et Cáritas Chalatenango.

L’initiative de recherche Mémoire survivante dans l’après-guerre au Salvador est soutenue en partie par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, l’Université Western, la Fondation canadienne pour l’innovation et le Fonds por la recherche en Ontario.

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Tracer des cartes depuis la mémoire : un atelier pour dessiner et se souvenir de Copapayo tel qu’il était

Les 7 et 8 février 2026, deux ateliers de cartographie participative ont été organisés à Suchitoto et au Sitio Cenícero dans le cadre du projet Reconstruction virtuelle de Copapayo Viejo.

Lors de ces ateliers, des personnes ayant vécu à Copapayo avant la guerre ont travaillé avec l’équipe de Mémoire Survivante afin de reconstruire, à partir de leurs souvenirs, l’organisation de l’ancien caserío. À l’aide de cartes imprimées, de papier et de crayons de couleur, les personnes participantes ont identifié les rues, les habitations et les espaces communautaires, et ont dessiné les maisons où elles et ils vivaient, en apportant des détails sur leur structure, l’environnement et la vie quotidienne.

Les séances ont été animées par Zack MacDonald (cartothécaire), María Laura Flores Barba (chercheuse postdoctorale), Fátima Pérez (sociologue collaboratrice du projet) et Francisco Mejía (coordinateur local de Mémoire Survivante).

Ces activités s’inscrivent dans un processus de travail plus large qui, depuis 2024, comprend des visites sur le site, des relevés GPS à haute résolution et l’utilisation de technologies de télédétection, ainsi que la collecte de témoignages. À partir de ces données, l’équipe a commencé à développer une carte numérique et des modèles 3D des habitations.

Les ateliers de cette année avaient pour objectif de partager ces avancées avec la communauté et de continuer à enrichir la reconstruction collective de Copapayo. Les cartes et dessins produits seront intégrés comme nouvelles couches d’information dans la simulation virtuelle.

Nous remercions chaleureusement toutes les personnes participantes pour le partage de leurs souvenirs, ainsi que Patricia Market pour son appui à la conception de l’atelier et à la numérisation des matériaux.

L’initiative de recherche Mémoire survivante dans l'après-guerre au Salvador est partiellement financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada,  l’Université Western,  la Fondation canadienne pour l'innovation et du Fonds pour la recherche en Ontario.

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Giles Whitaker Giles Whitaker

Des étudiant·es en architecture s’engagent dans un travail de mémoire communautaire au Chalatenango

Du 24 janvier au 8 février 2026, sept étudiant·es en master de la Faculté d’architecture de l’université  KU Leuven se sont rendu·es au Salvador pour une période intensive de recherche sur le terrain  qui nourrira leurs projets de mémoire de master. Chaque étudiant·e développe une proposition architecturale pour un espace de mémoire lié à un site de massacre dans le département de Chalatenango. Cette année, l’attention se porte sur Guinda de Mayo, Guancora, la Casa de la Memoria et El Alto, où le groupe a  eu l’occasion d’écouter des testimonios et d’échanger avec les membres des communautés.

Au cours du voyage, les étudiant·es ont participé à un atelier dirigé par María Laura Flores Barba et Victor Fallon Macal Guerra, en collaboration avec le Colectivo Bordando Historia à Las Vueltas. Le groupe  a  réalisé des dessins à partir de photographies d’archives de Las Vueltas, qui seront brodés sur Hamacas para las almas [Hamacs pour les âmes], une installation artistique en cours de création par Victor Fallon Macal Guerra.

L’itinéraire a également permis aux étudiant·es de découvrir plusieurs projets architecturaux en cours. À Las Aradas,le groupe a visité le mémorial récemment achevé et en ont éprouvé la portée sur le terrain. À El Higueral, le groupe  a participé à une réunion communautaire pour préparer la future construction de cinq colonnes-mémoriaux, développées en étroite collaboration avec des personnes survivantes et des membres de la communauté. Enfin, à la Casa de la Memoria, ils ont contribué à l’installation de la nouvelle exposition « Obras de Memorias » [Oeuvres de la mémoire], s’inscrivant ainsi dans le processus vivant et évolutif du projet de la Casa.

Cette nouvelle exposition réunit des œuvres artistiques inspirées par la Memoria Histórica et présente des recherches architecturales en cours pour plusieurs sites de massacre. Elle rassemble des contributions d’artistes du Salvador  et d’autres latitudes, dont Antonio Romero et le Colectivo Matiz. Pour marquer l’ouverture, les étudiant·es ont peint une nouvelle fresque sur la façade de la Casa.

Ce voyage de deux semaines a offert au groupe étudiant  l’occasion de constater la force du travail de mémoire porté par les communautés, d’y contribuer modestement mais de manière significative, et de réfléchir au rôle que l’architecture peut jouer pour soutenir les processus de remémoration.


L’initiative de recherche Mémoire survivante dans l'après-guerre au Salvador est partiellement financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, l’Université Western, l’université KU Leuven, la Fondation canadienne pour l'innovation et le Fonds pour la recherche en Ontario.

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Brodeuses de Las Vueltas participent à un atelier de mémoire historique

En janvier 2025, le collectif Mujeres Bordadoras Vueltenses a participé à des ateliers de mémoire historique à Las Vueltas, Chalatenango. Le groupe est dirigé par Teresa Cruz, brodeuse et éducatrice populaire du Museo de la Palabra y la Imagen (MUPI).

Cet atelier a été coordonné par l’Université Western (Canada) et par des architectes de l’Université  KU Leuven (Belgique), avec l’accompagnement d’Evelia Macal et d’Amanda Grzyb, directrice du projet Mémoire Survivante.

Le processus a commencé par la reconnaissance d’images historiques du conflit armé, suivie de visites des lieux où ces images ont été prises afin d’identifier les changements survenus au fil du temps. Par la suite, une équipe d’étudiantes et d’étudiants en architecture a dessiné les récits évoqués par les photographies.

Sur ces esquisses, les brodeuses représenteront leurs histoires avec des fils de couleur, créant des pièces testimoniales qui feront à l’avenir partie d’une collection muséale visant à préserver l’héritage de la communauté.

L’activité a bénéficié du soutien bénévole d’Olvin J. Abrego Ayala, stagiaire au MUPI, qui se trouve au Salvador pour un an grâce à une bourse du programme Olga Gruss Lewin de son université ainsi qu’à une bourse de recherche Fulbright. Ayala est issu d’une famille originaire du Honduras, né à Chalatenango et installé aux États-Unis, où il a complété une licence en études latino-américaines à l’Université Dartmouth.

L’initiative de recherche Mémoire survivante dans l’après-guerre au Salvador est soutenue en partie par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, l’Université Western, l’Université KU Leuven, la Fondation canadienne pour l’innovation et le Fonds pour recherche en Ontario.

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Le projet de Reconstrucción Económica de Memoria Sobreviviente progresse grâce à des activités de recherche, de production académique et d’articulation institutionnelle.

Entre novembre 2024 et janvier 2026, le projet de Reconstrucción Económica en Chalatenango [Projet de Reconstruction Économique à Chalatenango, ERES] de Mémoire Survivante dans l’après-guerre au Salvador, dirigé par Vladimir Pacheco Cueva, professeur salvadorien-australien à l’Université d’Aarhus, a progressé de manière significative en combinant formation communautaire, production académique et articulation institutionnelle.

Durant la première étape (novembre 2024–mai 2025), l’équipe a développé un processus de formation pour les leaders communautaires de San José Las Flores, Las Vueltas et Nueva Trinidad. Ce cours, dispensé en format hybride pendant huit semaines et conclu par un atelier intensif, a diplômé huit organisations clés de Chalatenango, parmi lesquelles l’Association Fondation pour la Coopération et le Développement Communal du Salvador (CORDES) ; l’Association des Communautés pour le Développement de Chalatenango (CCR) ; l’Association Sumpul; la Casa Museo Jon Cortina ; et l’Association Tiempos Nuevos Teatro (TNT).

Parallèlement, la dimension académique du projet s’est renforcée avec la publication d’un chapitre sur la situation politique au Salvador, analysant les continuités et ruptures dans un contexte marqué par la radicalisation politique et la fragilité environnementale.

Lors de la deuxième étape (mai 2025–janvier 2026), l’accent a été mis sur le renforcement des capacités organisationnelles et la production de recherche appliquée. L’équipe a mené un nouveau programme de formation de huit semaines avec l’organisation Moyens de Vie Durables pour la Jeunesse d’Arcatao [Medios de Vida Sostenible para la Juventud de Arcatao, MVSJA], centré sur la gestion de projets. Ce processus a non seulement formé six personnes participantes de la communauté, mais a également abouti à l’élaboration d’un plan de recherche qui guidera les actions de MVSJA en 2026 et 2027.En matière de diffusion, des avancées ont été réalisées dans la présentation du travail sur l’impact du Bitcoin au Salvador, incluant une version en podcast produite à l’Université d’Aarhus.

Enfin, un protocole d’entente a été établi entre l’Université d’Aarhus et le cabinet de conseil AMO, ouvrant des opportunités pour une formation technique pro bono et une évaluation organisationnelle pour MVSJA. Dans l’ensemble, ces réalisations reflètent un effort soutenu pour lier mémoire historique, développement local et production de connaissances critiques.

L’initiative de recherche Mémoire Survivante dans l’après-guerre au Salvador bénéficie d’un financement partiel du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada], de l’Université Western, de l’Université d’Aarhus, de la Fondation canadienne pour l’innovation et du Fonds pour la recherche enOntario.

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Giles Whitaker Giles Whitaker

Numérisation des collections de solidarité du CERLAC

Dans le cadre du projet Surviving Memory in Postwar El Salvador, une équipe de 7 étudiant·es de premier cycle, coordonnée par la boursière postdoctorale de l’Université Western, Giada Ferrucci, mène une initiative à long terme visant à numériser, scanner et cataloguer des documents d’archives portant sur la solidarité nord-américaine avec le Salvador dans les années 1980 et 1990. Travaillant avec les collections conservées au Centre de recherche sur l’Amérique latine et les Caraïbes [Centre for Research on Latin America and the Caribbean, CERLAC) de l’Université York, l’équipe procède à la numérisation systématique de documents, de photographies, d’affiches et de matériel de campagne, tout en élaborant des métadonnées détaillées afin de faciliter la recherche future et l’accès du public.

À ce stade, la collection numérisée comprend environ 6 216 documents répartis dans  262 dossiers et 14 boîtes qui ont été numérisées. Un atelier collaboratif tenu à Toronto le 31 janvier 2025 a réuni des chercheur·es, des étudiant·es et des membres de la communauté afin d’explorer collectivement ces documents et de réfléchir aux histoires relatées dans les documents. Les personnes participantes ont examiné des archives produites par des organisations de solidarité qui ont mobilisé un soutien en faveur des droits de la personne pendant la guerre civile salvadorienne et ont discuté de l’importance continue de préserver ces documents.

Cet effort de numérisation permet de garantir que les histoires de solidarité internationale demeurent accessibles et continuent d’éclairer les mouvements contemporains en faveur de la justice et des droits humains.

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Atelier « Les sœurs de Loretto : une histoire en photographies » à Las Vueltas

Le 30 janvier 2026, un atelier a été organisé à Las Vueltas avec la participation du collectif Mujeres bordadoras de Las Vueltas [Femmes brodeuses de Las Vueltas]. La séance a été animée par María Laura Flores Barba (chercheuse postdoctorale), Víctor Fallon Macal Guerra (artiste et collaborateur du projet) et Teresa Cruz (leader du collectif de broderie).

L’atelier s’est centré sur des photographies prises par sœur Evanne Hunter, membre des sœurs de Loretto à Toronto, lors de ses visites au Salvador entre 1989 et 1994, dans le contexte des processus de repeuplement de l’après-guerre. Ces images font partie d’un fonds d’archives donné à Mémoire Survivante, composé de six albums photographiques organisés chronologiquement et accompagnés de légendes.

La journée a commencé par une petite exposition des photographies au centre communautaire. Les personnes participantes ont ensuite travaillé ensemble pour identifier les gens et les lieux représentés dans les images, à l’aide de notes autocollantes et en collaboration avec l’équipe d’animation ainsi qu’avec des étudiant·es à la maîtrise en architecture de la KU Leuven. Le groupe a ensuite parcouru le village, comparant les photographies avec le paysage actuel et identifiant des sites tels que la rue principale, l’école et plusieurs maisons encore existantes.

Dans l’après-midi, Víctor Fallon a présenté son projet artistique « Hamacas para almas » [Hamacs pour les âmes]. Dans le cadre de l’atelier, les personnes participantes ont sélectionné cinq photographies à broder collectivement sur un hamac, réunissant mémoire, image et pratique textile. Cette pièce fera partie d’un corpus en développement que l’artiste poursuivra en collaboration avec d’autres communautés.

L’atelier visait également à faire connaître ces archives à la communauté locale et à soutenir le développement d’une plateforme numérique permettant aux personnes au Salvador et à l’étranger d’explorer les albums et de contribuer à l’identification des individus et des lieux. À terme, cet outil servira aussi à générer des métadonnées pour le reste de la collection, qui comprend d’autres photographies et documents historiques.

« Hamacas para almas » est exposé à la Casa de la Memoria à San José Las Flores dans le cadre de l’exposition « Art and Architecture », organisée par l’ équipe belge d’architecture.

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Giles Whitaker Giles Whitaker

Commémoration du massacre d’El Sicahuite

Le mercredi 28 janvier, l’Asociación Pro-Búsqueda de Niños y Niñas desaparecidos [Association pour la recherche des filles et des garçons disparus, APB], dans le cadre du Collectif de mémoire historique de Chalatenango, s’est jointe à la communauté pour commémorer le massacre d’El Sicahuite, un acte d’une profonde importance pour les victimes, les personnes survivantes et les membres des familles qui maintiennent vivante la mémoire de ce qui s’est produit en 1981.

Cet espace a permis de nommer à nouveau les victimes qui avaient été réduites au silence, de partager des témoignages marqués par la douleur et la dignité, et de réaffirmer l’exigence de vérité et de justice. Les voix des victimes étaient au centre du rassemblement, rappelant que la mémoire ne concerne pas seulement le passé, mais constitue aussi un outil pour empêcher que de telles violations des droits humains ne se reproduisent.  L’équipe remercie toutes les personnes et communautés qui ont pris part à cet acte de résistance et de solidarité. Se souvenir est un acte de justice et une manière de continuer à construire un avenir plus humain, dans lequel la mémoire historique est un engagement collectif.

Contexte historique

Le canton d’El Sicahuite, situé à Las Vueltas, Chalatenango, se trouve à 97 kilomètres de San Salvador. Avant le conflit armé, c’était un lieu très peuplé, avec plus de 200 familles qui y vivaient. Il constituait un site stratégique pour l’organisation paysanne, raison pour laquelle il a été fortement attaqué et assiégé par l’armée. La communauté a été détruite pendant la guerre civile et est devenue presque totalement dépeuplée. Après la signature des Accords de paix, certaines familles ont progressivement commencé à revenir.

En mai 1980, alors que des personnes fuyaient en guinda le massacre du Sumpul, d’autres personnes de la zone ont été tuées à Cerro El Cacao, dans le canton de Llano Grande, limitrophe d’El Sicahuite. Aux premières heures du 28 janvier 1981, des mouvements de colonnes de soldats ont été observés dans les collines et le long des talus environnants. Des personnes habitantes de la zone racontent qu’avant le massacre, certaines familles ont été enfermées dans leurs maisons, tandis que d’autres ont fui vers les collines. Les premières rafales de tirs ont alors retenti : le massacre avait commencé. Les familles qui ont réussi à s’échapper ont, à leur retour, retrouvé leurs biens incendiés et ont même découvert des enfants encore enfermé·es dans leurs maisons. Plus de 90 victimes ont été tuées dans différentes parties d’El Sicahuite lors de l’opération militaire.

L’opération militaire à El Sicahuite s’inscrivait dans la stratégie gouvernementale de l’époque, visant à localiser et éliminer toute personne soupçonnée de collaborer avec la guérilla. Cette stratégie a eu recours à des méthodes extrêmement violentes, entraînant la mort de nombreuses personnes civiles innocentes. Lors du massacre d’El Sicahuite,  beaucoup de familles ont perdu des êtres chers, et les personnes survivantes ont été profondément marquées par la violence dont elles et elles ont été témoins, ainsi que par d’autres conséquences telles que le déplacement forcé des personnes de la communauté.

L’initiative de recherche Mémoire survivante dans l’après-guerre au Salvador est soutenue en partie par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, l’Université Western, l’Association pour la recherche des filles et des garçons disparus, APB], la Fondation canadienne pour l’innovation et le Fonds pour la recherche de en Ontario.

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Giles Whitaker Giles Whitaker

Repenser le traumatisme intergénérationnel, un article sur la migration forcée et la violence

Comment les personnes centraméricaines, ainsi que leurs filles et leurs fils, interprètent-elles l’expérience de la migration forcée et les séquelles de la violence ? Et comment ces séquelles façonnent-elles leur vie ? L’article « Rethinking Intergenerational Trauma » [Repenser le traumatisme intergénérationnel] (disponible en anglais) explore ces questions à partir de récits oraux recueillis auprès de vingt-et-une personnes d’origine salvadorienne, guatémaltèque, hondurienne et nicaraguayenne, nées au Canada ou arrivées à un jeune âge. L’équipe interdisciplinaire de personnes auteures comprend Giovanni Hernandez-Carranza, Morgan Poteet, Juan Carlos Jimenez et Veronica Escobar Olivo.

Les personnes auteures mobilisent une perspective de la colonialité et une approche communautaire pour comprendre comment les individus interprètent aujourd’hui les histoires familiales de violence et la manière dont  ces interprétations influencent les relations et l’identité. Ceci s’appuie sur des entretiens approfondis, car cette approche « centre les voix des participantes et participants et met l’accent sur la co-création des savoirs ».

L’article montre également la façon dont  les cadres psychologiques occidentaux dominants peuvent restreindre la manière dont les dommages et les formes de dépassement ou d’adaptation sont expliqués. Comme le soulignent les personnes auteures, « les participantes et participants ont eu recours à des idées eurocentriques du “traumatisme” pour comprendre les séquelles de la violence », ce qui peut mener à « l’individualisation, la psychologisation et la pathologisation » de luttes qui ont aussi des racines sociales et historiques. La discussion s’oriente plutôt vers l’organisation communautaire décoloniale et vers des formes de guérison non occidentales qui reconnectent les personnes aux liens communautaires, aux savoirs culturels et à la construction collective du sens.

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Giles Whitaker Giles Whitaker

Documentation de la diaspora salvadorienne au Canada

Grâce à une collaboration à long terme avec l’Association salvadorienne canadienne (ASALCA), le projet Surviving Memory in Postwar El Salvador documente les expériences, les histoires et les contributions de la diaspora salvadorienne au Canada. À travers des entretiens, des récits de vie et des conversations communautaires, le projet explore les trajectoires migratoires, les facteurs politiques et sociaux à l’origine du déplacement, l’identité culturelle ainsi que les façons dont les communautés salvadoriennes au Canada préservent la mémoire historique tout en construisant de nouvelles formes de vie communautaire. Ces entretiens mettent en lumière des récits personnels de migration, d’activisme solidaire, de patrimoine culturel et les liens continus entre la diaspora et le Salvador.

Cette recherche contribue à divers résultats développés en collaboration avec des organisations communautaires salvadoriennes. L’un des principaux résultats sera un ouvrage communautaire collaboratif qui documentera l’histoire, la résilience et les contributions culturelles de la communauté salvadorienne au Canada à travers des témoignages, des documents d’archives, des photographies et des réflexions historiques. La recherche contribue également au développement d’un futur musée numérique consacré à la migration et au patrimoine salvadorien au Canada, qui rassemblera des récits oraux, des photographies, des documents d’archives et des contenus multimédias afin de créer une ressource publique accessible préservant la mémoire collective de la diaspora salvadorienne.

L’initiative de recherche Mémoire survivante dans l'après-guerre au Salvador est partiellement financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada,  l’Université Western,  la Fondation canadienne pour l'innovation et du Fonds pour la recherche en Ontario.

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