Commémoration du massacre d’El Sicahuite

Le mercredi 28 janvier, l’Asociación Pro-Búsqueda de Niños y Niñas desaparecidos [Association pour la recherche des filles et des garçons disparus, APB], dans le cadre du Collectif de mémoire historique de Chalatenango, s’est jointe à la communauté pour commémorer le massacre d’El Sicahuite, un acte d’une profonde importance pour les victimes, les personnes survivantes et les membres des familles qui maintiennent vivante la mémoire de ce qui s’est produit en 1981.

Cet espace a permis de nommer à nouveau les victimes qui avaient été réduites au silence, de partager des témoignages marqués par la douleur et la dignité, et de réaffirmer l’exigence de vérité et de justice. Les voix des victimes étaient au centre du rassemblement, rappelant que la mémoire ne concerne pas seulement le passé, mais constitue aussi un outil pour empêcher que de telles violations des droits humains ne se reproduisent.  L’équipe remercie toutes les personnes et communautés qui ont pris part à cet acte de résistance et de solidarité. Se souvenir est un acte de justice et une manière de continuer à construire un avenir plus humain, dans lequel la mémoire historique est un engagement collectif.

Contexte historique

Le canton d’El Sicahuite, situé à Las Vueltas, Chalatenango, se trouve à 97 kilomètres de San Salvador. Avant le conflit armé, c’était un lieu très peuplé, avec plus de 200 familles qui y vivaient. Il constituait un site stratégique pour l’organisation paysanne, raison pour laquelle il a été fortement attaqué et assiégé par l’armée. La communauté a été détruite pendant la guerre civile et est devenue presque totalement dépeuplée. Après la signature des Accords de paix, certaines familles ont progressivement commencé à revenir.

En mai 1980, alors que des personnes fuyaient en guinda le massacre du Sumpul, d’autres personnes de la zone ont été tuées à Cerro El Cacao, dans le canton de Llano Grande, limitrophe d’El Sicahuite. Aux premières heures du 28 janvier 1981, des mouvements de colonnes de soldats ont été observés dans les collines et le long des talus environnants. Des personnes habitantes de la zone racontent qu’avant le massacre, certaines familles ont été enfermées dans leurs maisons, tandis que d’autres ont fui vers les collines. Les premières rafales de tirs ont alors retenti : le massacre avait commencé. Les familles qui ont réussi à s’échapper ont, à leur retour, retrouvé leurs biens incendiés et ont même découvert des enfants encore enfermé·es dans leurs maisons. Plus de 90 victimes ont été tuées dans différentes parties d’El Sicahuite lors de l’opération militaire.

L’opération militaire à El Sicahuite s’inscrivait dans la stratégie gouvernementale de l’époque, visant à localiser et éliminer toute personne soupçonnée de collaborer avec la guérilla. Cette stratégie a eu recours à des méthodes extrêmement violentes, entraînant la mort de nombreuses personnes civiles innocentes. Lors du massacre d’El Sicahuite,  beaucoup de familles ont perdu des êtres chers, et les personnes survivantes ont été profondément marquées par la violence dont elles et elles ont été témoins, ainsi que par d’autres conséquences telles que le déplacement forcé des personnes de la communauté.

L’initiative de recherche Mémoire survivante dans l’après-guerre au Salvador est soutenue en partie par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, l’Université Western, l’Association pour la recherche des filles et des garçons disparus, APB], la Fondation canadienne pour l’innovation et le Fonds pour la recherche de en Ontario.

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